Lettre ouverte aux étudiants diététiciens
Pourquoi l’association des diététiciens mène-t-elle une action qui gêne votre formation ? Etudiants vous êtes en droit de vous interroger.
L’Association des Diététiciens de Langue Française mène depuis des années des actions pour faire reconnaître la profession dans la démographie des professions de santé.
D’abord quelques points d'histoire, il y a 20 ans, les diététiciens hospitaliers étaient sur la grille indiciaire des sage-femmes. En deux décennies, la durée de l'ensemble des formations initiales des professions de santé a évolué, sauf celle du diététicien. Aujourd'hui le diététicien est sur la même grille que les autres paramédicaux (masseurs kinésithérapeutes, ergothérapeutes, infirmiers, manipulateurs de radiologie, orthophonistes, orthoptistes,…). Qu’en sera-t-il demain, seront-ils relayés au rang des aides-soignants ?
De multiples et anciennes démarches ont été entreprises :
- Des écrits (rapports réalisés par les diététiciens professionnels de santé et enseignants, et coordonnés par l’A.D.L.F.) diffusés largement dans les différents centres de formation, et adressés aux ministères (Santé et Education Nationale).
- Des actions auprès des conseillers de cabinet des ministres ont eu lieu en 2003.
- Des interpellations auprès des députés et sénateurs.
- La présentation claire et déterminée de la position de l’A.D.L.F. sur l’avenir de la profession, auprès des directeurs d’I.U.T. et de Lycées Techniques.
Ces actions sont connues des diététiciens et des responsables de formation.
Pourquoi la profession de diététicien ne suit pas l’évolution des autres professions de santé ?
Le rapport du Professeur Domitien DEBOUZIE sur « Commission Pédagogique sur la première Année des Etudes de Santé » exclut le diététicien de la réforme des études de professions de santé (médicaux et paramédicaux) demandée par les ministres de la santé et de l’éducation nationale. Sur ce rapport disponible sur le site du ministère de la santé on peut lire : « La commission est très réservée sur l’application de la réforme aux professions d’opticien lunetier et de diététiciens, qui ne recrutent actuellement que sur dossier après le baccalauréat. Une sélection à la fin d’une année commune changerait fortement le profil des étudiants recrutés. En outre, cela induirait la disparition de sections de techniciens supérieurs dans les lycées et départements d’I.U.T. Il en résulterait des conséquences fortes sur les emplois d’enseignants et de personnels I.A.T.O.S. dans les lycées et les I.U.T. concernés. Par conséquent, la commission a estimé que, dans l’état actuel de ses réflexions et de ses propositions, leur incorporation dans une année commune n’est pas souhaitable ».
Nous nous interrogeons sur la réelle volonté de former des professionnels de qualité en France.
Que dire d'un métier :
- dont le rôle essentiel consiste :
- à rechercher l’amélioration de l’état nutritionnel,
- à réduire le risque de maladie et celui de complications,
- à optimiser l’état de santé et la qualité de vie des personnes à tout âge,
- dont les différents champs d’exercice sont principalement les établissements de soins (64%), l’exercice libéral (22%), et la restauration collective (9%),
- et dont la formation est effectuée au niveau de l'enseignement technique ou technologique ?
Le métier de diététicien est-il purement technique ? Est-il un métier de process industriel ?
Ou est-il un métier de santé appliqué à l'alimentation, qui s'adresse à des groupes de population, ou des individus, dans le champ de la santé publique (bien portant) ou de la clinique (thérapeutique) ?
Demain les paramédicaux, dont le diététicien fait partie, seront formés à l'Université dans des Pôles Santé. Leurs formations seront de 3 ou 4 ans, avec un déroulement possible sur le système européen L-M-D (Licence, Master, Doctorat). Si notre formation n’intègre pas ce schéma commun aux professions de santé (médicaux et paramédicaux), où se situera le diététicien ? Que deviendra son rôle et sa considération dans l’équipe pluriprofessionnelle autour du patient ?
L’évolution des formations des professions de santé permettra à tous les professionnels des échanges constructifs avec leurs homologues européens. Qu'adviendra-t-il des diététiciens français ? Ils ne pourront pas s’enrichir des enseignements des autres pays européens. Seront-ils les seuls à avoir une formation en dehors du champ de la santé ? En Suisse, au Canada, les diététiciens sont formés soit dans les facultés de médecine, soit dans des Pôles Santé. Dans ces pays, les diététiciens formés exercent dans les mêmes domaines que les diététiciens français.
Quel avenir pour une profession qui, dans le contexte actuel, ne s'inscrit pas dans l’évolution des autres professions de santé ?
Soyons bien conscients que si l’ensemble de la profession de diététicien ne fait rien, elle disparaîtra dans sa dimension de Santé Publique, cette dimension que la population française attend. La profession sera alors vidée de son sens réel, le titre de diététicien sera utilisé pour vendre de l'utopie et servir l’industrie alimentaire et pharmaceutique.
La décision, portée par l’association, est celle d’une très grande majorité de diététiciens qui ne veut voir s’éteindre une profession. La mise en première ligne des diététiciens par le Programme National Nutrition Santé (P.N.N.S.) du ministre de la santé, n’est pas suivi de moyens pour assurer la qualité de cette prestation de soin.
Il est important que les étudiants diététiciens, s’associent à l’A.D.L.F. (qui comme vous l’avez compris défend l’intégrité d’un métier et la reconnaissance d’une profession de santé) pour agir au niveau des deux ministères pour qu’ils affirment, haut et fort, que le diététicien est inclus, lui aussi, dans le champs de la réforme des formations des professions de santé.
L’A.D.L.F. ne mène pas cette action contre les diététiciens et les étudiants, mais pour défendre cette profession qui sera demain la vôtre. Si rien n’est fait aujourd’hui, ce métier disparaîtra.
Vous pourrez aussi lire l’éditorial de la Revue des Cahiers de Nutrition et de Diététique, écrit conjointement par les présidents de la Société Française de Nutrition (S.F.N.), la Société Française de Nutrition Entérale et Parentérale (S.F.N.E.P.), le Collège des Enseignants en Nutrition (C.E.N.) et l’Association des Diététiciens de Langue Française. Vous trouverez sur le site de l’association, des explications complémentaires sur le positionnement des professionnels et celui de l’association. Vous pourrez consulter les rapports : du Professeur Michel KREMPF « Le métier et la formation des diététiciens » , et du Professeur Yvon BERLAND « Coopération des professions de santé : le transfert de tâches et de compétences » (disponibles sur le site du ministère de la santé).
Pour le Conseil d’Administration,
Le Vice–Président, Richard AGNETTI
La Présidente, Dominique COMBRET



